Sanction douloureuse pour le groupe de bois tropicaux Samling

Le groupe de bois tropicaux malais Samling, soutenu par le Crédit Suisse, a été condamné pour coupes de bois illégales dans l’État de Guyana, à payer une amende de 470'000 dollars US, et doit cesser sans délai ses activités dans trois concessions exploitées illégalement. C’est la décision arrêtée par l’autorité forestière de l’État sud-américain à la clôture d’une enquête interne, qui par ailleurs a mené au renvoi de deux fonctionnaires du service étatique des forêts. Il y a 10 jours déjà, le président de l’État de Guyana avait condamné publiquement les pratiques frauduleuses de la filiale de Samling Barama Co. Ltd.
Les militants pour la protection des forêts et les représentants des indigènes locaux se réjouissent de cette condamnation de Samling, tout en critiquant le fait que la sanction soit beaucoup trop modérée comparé à la gravité des faits. Les bûcherons malais, d’entente avec des entreprises locales, avaient obtenu l’accès illégal à plus de 400'000 hectares de forêt pluviale et avaient, par de fausses déclarations, trompé les autorités du pays pour ce qui est des droits de licence et des impôts. Samling est le plus grand groupe forestier actif dans ce pays et exporte une partie des grumes abattues non transformées vers la Chine.
Le groupe de bois tropicaux Samling, qui fait face à une critique permanente en raison des violations des standards environnementaux et humains, a été porté à la bourse de Hong Kong en mars 2007 par le Crédit Suisse. À l’occasion d’une conférence de presse organisée en mai à Zurich par le Bruno-Manser-Fonds et la Société pour les peuples menacés, des représentants des populations indigènes de l’État de Guyana et de Malaisie avaient exigé l’arrêt des relations d’affaires entre le Crédit Suisse et Samling.
Le Crédit Suisse a toujours rejeté vivement la critique concernant son deal avec le groupe malais. Dans son courrier aux clients inquiets, la grande banque assurait qu’elle avait soumis «la transaction avec Samling à un processus exhaustif d’examen des risques, avec un accent particulier mis sur le respect des dispositions environnementales locales et des standards internationaux d’exploitation durable des forêts». Selon ses dires, «la banque serait arrivée à la conviction que Samling répond à ces exigences».
La réalité est différente: Samling a perdu la certification en janvier 2007 pour une concession de plus de 570'000 hectares de forêts pluviales dans l’État de Guyana en raison d’infractions systématiques aux dispositions de la certification. Dans l’État malais du Sarawak, le groupe Samling progresse malgré la résistance acharnée du peuple indigène des Penan dans les dernières zones intactes de forêts primaires. La condamnation dans l’État de Guyana officialise ainsi l’illégalité des déboisements à grande échelle de Samling.
Le Bruno-Manser-Fonds et la Société pour les peuples menacés demandent au Crédit Suisse d’enfin se distancer de Samling, de s’excuser pour son erreur d’estimation et de verser les recettes de l’entrée en bourse dans un fonds en faveur des peuples des forêts pluviales lésés par Samling.
(25 octobre 2007)

